SITUATION DES PERSONNES AGEES :
COLERE ET INDIGNATION
Vous connaissez le comble pour une praticienne
de Bien-être comme moi ?
Cette rubrique nous concerne TOUS (y compris
spécialistes, politiques, décideurs, penseurs plutôt
qu’acteurs), et comprend un véritable coup de gueule, fruit
d’une exaspération par rapport à certaines situations
décrites ci-après.
SITUATION
D’un côté, nous voyons le nombre des personnes âgées
isolées s’accroître chaque jour, démographie
et allongement de la durée de vie obligent.
Certains sont pris en charge dans des structures, d’autres n‘ont
pas cette possibilité.
Tout le monde le sait maintenant, même si on nous annonce de nouvelles
maisons de retraite à l’avenir, il va falloir favoriser
LE MAINTIEN A DOMICILE des P.A.
Les associations à domicile voient leurs activités se
« professionnaliser », on leur impose telle ou
telle contrainte en rapport à telle ou telle autre fonction auprès
de la P.A.
Comme à l’habitude, tout est très simple.
Les chiffres sont clairs, les dispositifs mis en place.
PROFESSIONNELS & SPECIALISTES
En France, il y a beaucoup de professionnels, beaucoup de spécialistes.
Les P.A sont entourées de professionnels, de spécialistes.
Mais les professionnels, les spécialistes, ils n’ont pas
beaucoup de temps : ils courent, ils courent, ils sont importants
et impliqués, ils courent.
Alors il n’y a pas le temps de s’arrêter !
Quand j’intervenais en maison de retraite pour le compte d’un
institut de formation, les stagiaires bien sûr étaient
ravis d’avoir des outils de communication non verbale à
leur disposition mais ils me disaient: « Valérie c’est
génial, mais vous savez, on n’a pas forcément le
temps, il faut que le travail soit fait ! »
L’humanité, c’est pour les idéalistes comme
moi !
Rappeler aux gérants et dirigeants que la vieillesse, c’est
entrer dans un nouvelle forme de conscience, où le temps n’a
pas la même valeur, favoriser l’attention portée
aux choses, ralentir le rythme, favoriser les états méditatifs
pour les P.A, c’est CARREMENT DINGUE !
Avec tout ce qu’il y a à faire !
Dans une association d’aide à domicile, alors que j’essayais
de faire passer la nécessité pour les employés
de recevoir au moins une formation de massage du visage et du cuir chevelu,
qui détend profondément, apaise le mental et les émotions
de la P.A, on m’a répondu : « Madame LY
c’est bien ce que vous dites, mais y’a tellement à
faire et dans tous les secteurs !!! »
Professionnalisation oblige !
LES « PETITES
GENS » pour les autres
Et puis, il y a les « petites gens », qui font
les ménages pour apporter les sous qu’il faut à
la fin du mois à la maison.
Ces « petites gens », elles ne sont pas considérées
comme des spécialistes, ni des professionnelles, car elles font
le ménage.
Ce sont des femmes qui veulent pour certaines éviter le dispositif
RMI, elles ont toutes travaillé, mais se retrouvent au chômage,
n’arrivent pas à retrouver un poste dans leur branche.
Certaines ne peuvent plus fournir la même quantité de travail
qu’auparavant, d’autres sont de jeunes mères de famille,
et parce qu’elles sont mères de famille certainement, elles
ne sont pas insensibles à la situation de leurs aînés.
J’ai reçu encore la semaine dernière
(nous sommes en mars 2008), une aide ménagère à
domicile d’une P.A atteinte de la maladie d’Alzheimer (c’est
le début), bouleversée quand elle entend la P.A hurler.
Comme elle est consciencieuse dans son travail et ne l’effectue
pas comme un robot, elle a crée du LIEN avec cette P.A. On lui
a demandé de temps en temps de la garder la nuit. C’est
une réelle détresse pour cette femme, qui n’a reçu
ni conseil ni formation, qui est de bonne foi et qui doit travailler.
Je lui ai appris à se détendre et donné quelques
conseils pour l’aider tant que possible dans son défi.
Il y a quelques années, j’étais
entrée en contact avec une association d’aide à
domicile, dans un village proche de Perpignan ; j’ai appris
alors que, quand une personne âgée était à
la fin, eh bien, il y avait toujours quelqu’un pour l’accompagner
dans son dernier voyage, et que la plupart du temps, c’étaient
les aides ménagères qui prenaient sur elles car elles
avaient crée du lien et qu’elles ne pouvaient pas le renier.
Tout cela bien sûr, sans soutien si ce n’est celui je l’espère
des proches collègues, qui se retrouvent quelquefois dans une
situation similaire.
De toute façon y’a pas l‘choix comme on dit, les
vieux ils sont tous seuls, la famille les oublie, et nous, on fait ce
qu’on peut !
HOMMAGE
Je voudrais RENDRE HOMMAGE à toutes ces personnes, qui pour la
plupart ont des emplois précaires avec une rémunération
précaire, qui ne sont pas formées donc pas rémunérées
en conséquence, et qui continuent chaque jour, de faire à
leur niveau, ce qu’elles peuvent faire….
Parce qu’il n’y a pas besoin de diplôme
pour faire des ménages, et qu’on est employé à
faire des ménages, qu’on est payé à faire
des ménages, les employeurs ferment les yeux sur le reste et
c’est tout ! Enfin….il est toujours plus aisé
de fermer les yeux devant des tableaux ou des bulletins de salaire que
devant la détresse…..non ?
Je cite les AIDES MENAGERES, mais je pourrais
parler de toutes ces personnes à petite rémunération,
qui sont là quand les spécialistes de telle ou telle autre
chose ne le sont pas, et qui gèrent comme elles le peuvent les
situations bouleversantes des P.A.
Je voudrais dire à ces personnes, ainsi
qu’à tous les intervenants de tous genres auprès
des P.A, de ne pas oublier leur sensibilité, leur âme,
même si c’est dur, car on « se blinde »
à force de voir des choses dures, comme la déchéance,
la maladie, la mort. (Notre futur)
Je voudrais leur dire de ne pas s’oublier,
de PRENDRE SOIN d’elles-mêmes, de s’entourer dès
qu’elles le peuvent de beauté, de douceur (pour l’équilibre
émotionnel) …..de souffler.
Car c’est ce souffle qu’elles véhiculent auprès
des personnes âgées.
COLERE ET INDIGNATION
Est-ce qu’il faut en France, en 2008, Bac + 10 pour prendre soin
d’une personne âgée et être soutenu et
épaulé pour cela ?
D’un côté il y a une réelle
demande, qui s’accroît de jour en jour,
De l’autre des professionnels qui ne parlent qu’entre professionnels,
D’un autre des personnes de bonne foi et volonté qui seraient
prêtes à aider, avec une expérience de la vie, mais
qui ne veulent pas uniquement faire des ménages, ni courir dans
tous les sens comme elles l’ont déjà fait leur vie
durant….qui sont pourtant disponibles à créer et
entretenir du lien.
Car il me semble que c’est bien du manque de LIEN dont souffrent
les personnes âgées ; et on connaît très
bien les conséquences d’un isolement mal vécu sur
la santé.
Alors que l’on parle de favoriser le maintien
à domicile des personnes âgées, il serait temps
d’intégrer dans nos dispositifs LE TEMPS (et donc l’ARGENT)
pour LE LIEN !
Combien de dames d’un certain âge
m’ont dit qu’elles aimeraient bien s’occuper
de personnes âgées, quelques heures par semaine, mais comme
elles sont la plupart du temps, non diplômées (l’expérience
de la vie, quand même !), ou trop vieilles, ou pas assez
jeunes, pour le ménage, ou je ne sais quoi d’autre, ou
le cursus c’est compliqué, bref…..restent à
la maison à souffrir de la solitude car elles ont avant tout
besoin de communiquer !
Et le RMI ? N’est-il pas possible de penser que, parmi les
titulaires du RMI, beaucoup ne demanderaient qu’à s’impliquer
dans une relation, afin de sortir de leur propre isolement, DANS LA
MESURE OU CELA AMELIORERAIT LEUR NIVEAU DE VIE ?
Car je rappelle au passage à ceux qui ont un niveau de rémunération
correct et plus, que s’il est difficile de s’en sortir avec
le SMIC aujourd’hui, il est encore plus difficile de s’en
sortir avec moins….. Nombreux sont ceux qui travaillent à
temps partiel et qui « galèrent ».
Et non, non…..pour l’avoir vécu, être au RMI,
ce n’est pas « facile » !
Mais pourquoi c’est si compliqué en France ?
Je sais d’avance ce que l’on peut
me répondre : il existe des dispositifs mis en place, les
P.A sont entourées de techniciens, les Rmistes n’ont qu’à
se renseigner, il existe des solutions, les formations, elles existent
(sacré business d’ailleurs !),
Mais enfin de quoi se mêle-t-elle celle-là ?
Leur vieillesse, c’est la nôtre à venir
Leur souffrance, idem.
UNE GOUTTE D EAU DANS UN OCEAN / UN GRAIN DE SABLE
SUR LA PLAGE
Il existe des techniques de relaxation et de
bien-être qui permettent de détendre et d’apaiser
le mental et l’émotionnel de la personne en souffrance.
Ces techniques existent depuis la nuit des temps sur Terre et se sont
révélées aux personnes qui ont, à un moment
donné de leur existence, voulu sincèrement apprendre à
PRENDRE SOIN des AUTRES.
Pour ma part, je l’ai déjà dit, proposé et
fait, je suis prête à restituer tout ce que j’ai
appris au fil des ans, si cela améliore la situation des P.A
d’une part, et des acteurs environnant la P.A d’autre part.
APAISER, SOULAGER, ce n’est pas SOIGNER.
Mais quand même….
Pourquoi laisser les personnes dans la souffrance
alors qu’on peut, avec un peu d’attention, de bonne volonté
et de concentration, apprendre à faire un peu de bien autour
de nous ?
Pourquoi les acteurs (je parle bien sûr
des décideurs) environnant la P.A n’ont-ils toujours pas
intégré LA NECESSITE DE SOULAGER et la douleur morale
de la P.A, et la douleur morale de l’aidant qui manque encore
cruellement de soutien et de formation ?
Exercer de la bienveillance à l’égard
d’autrui, nécessite-t-il l’acquisition de compétences ?
Quel diplôme va-t-on nous demander bientôt
pour poser une main sur l’épaule de la personne en souffrance ?
Autre remarque : Nous, praticiens de bien-être
mais non diplômés d’état (c’est à
dire : non kinésithérapeutes), nous n’avons
pas le droit d’utiliser le terme « massage ».
Soit.
Qu’importe que celui-ci ait existé sur tous les continents
depuis des lustres : chinois, thaï, vietnamien, ayurveda et
d’autres ont toutes leur médecine traditionnelle qui comprend
le massage comme élément à part entière
de l’équilibre santé, avec le consultation du médecin,
la pharmacopée et les exercices physiques (TaÏChi, Yoga
par exemple sont des disciplines de santé physique et énergétique).
Dans le langage commun, le terme massage est synonyme de « toucher »,
au sens « contact physique ».
Soit, c’est la loi, il nous faut trouver un autre terme, puisque
nous faisons la même chose (dans le sens commun des choses, et
BIEN SUR hors champ de la médecine, puisque, je le rappelle pour
la ma part, je n’ai pas la formation appropriée, donc
pas les compétences, tout simplement) mais que nous n’avons
pas le droit de le dire.
Un autre terme, mais « modelage corporel » non
plus, nous ne pouvons l’utiliser, car ce terme « appartient »
au monde esthétique.
Personne ne conteste la compétence, ni le métier, encore
moins la formation, de ces praticiens confirmés par l’état !
Je ferais simplement remarquer que les personnes âgées
ont BESOIN de TOUCHER, et nombreuses sont celles qui me disent qu’elles
ont déjà eu des séances kiné prescrites
par le médecin, mais que cela ne servait à rien, qu’on
les branchait sur des machines, que cela soulageait mais cela ne dure
pas.
Loin de moi l’idée d’une généralité
mais je l’ai entendu très souvent.
La personne âgée compense son manque affectif et son manque
de « contact physique » par le « toucher »,
qui la rééquilibre et lui permet de ressentir le bien-être.
Que je sache, il n’y a rien de mal à cela….sauf que….
rares sont les kinésithérapeutes qui touchent réellement,
car ils n’on pas le temps, pour la plupart !
Là encore, il y a une demande, bien réelle, d’une
part, et, d’autre part, de bonnes volontés et des expériences
qui pourraient communiquer avec les spécialistes, afin de trouver
un cadre approprié pour répondre à la demande des
personnes âgées afin de fournir une solution valable à
leur solitude énergétique !
J’ai toujours pensé et je pense
toujours que les choses pourraient être bien plus simples qu’elles
ne le sont avec un peu d’humilité, d’empathie et
surtout l’intention de bien faire.
Je reste persuadée qu’il est possible de fournir à
chacun, et ceci de manière SIMPLE, les éléments
qui permettront de mieux gérer la prise en âge.
S’occuper de la Personne Agée nous
permettra alors de soigner nos propres CRAINTES quant à la vieillesse,
la maladie, la mort.
Nous pourrons alors être fiers de nous occuper de nos aînés
et nous verrons, à travers la pratique, quelles richesses nous
pourrons en tirer.
Valérie LY – le 20 mars 2008
Un jour, j’ai demandé à mon
chinois de père pourquoi avait-il choisi la France (il a quand
même fait la guerre pour: Indochine, puis Algérie). Il
m’a répondu : « Valérie tu ne te
rends pas compte, ici, on peut penser ce que l’on veut. »
Je lui ai dit à mon tour, « tu sais Papa, ici, on
peut penser, mais on peut aussi dire ce que l’on pense ».
Je verrai bien par moi-même le retour en rapport à cette
rubrique.